Mémorandum pour améliorer le niveau
de compétence du journalisme étranger

Mémorandum pour améliorer le niveau de compétence du journalisme étranger

INTRO Les dix points suivants constituent une contribution au débat actuel sur la qualité du journalisme étranger et visent à renforcer la compétence dans des structures journalistiques indépendantes et à contribuer à la compréhension et l’échange des informations entre les différentes régions et cultures du monde. Le cadre référentiel en est les droits de l’homme. Les recommandations sont un substrat de recherches approfondies et basées sur les expériences de dizaines de correspondants étrangers.

 

1. La cible du journalisme étranger vise un public éclairé, qui par la consommation du journalisme des mass-médias est mieux en mesure de faire face aux défis intellectuels et culturels du processus de mondialisation.

2. Le potentiel résultant de la mise en réseau et de la coopération internationale des acteurs journalistiques doit être mieux utilisé.

À plus long terme, le journalisme étranger doit mieux impliquer et promouvoir les compétences du personnel de terrain, des journalistes étrangers et indépendants, afin de faciliter les reportages locaux et régionaux, ainsi que sur d’autres sujets. La coopération et les qualifications devraient être renforcées.

La référence à soi-même et à ses propres images, aux images de l’autre, à ses propres références de valeurs, à la pitié et aux idées sur les évènements politiques, économiques, culturels et sociaux qui en découlent ne suffit pas pour esquisser un journalisme étranger progressiste.

3. Le journalisme doit prendre davantage en compte son rôle de quatrième pouvoir à l’étranger. Les entreprises de médias devraient fournir à la fois des ressources et du savoir-faire et soutenir le contrôle du pouvoir par un journalisme d’investigation et de recherche à l’étranger. Cela concerne en particulier les domaines tels que la diplomatie, le travail des ambassades, les organisations humanitaires / l’ONU, les opérations militaires, les entreprises, etc.

4. Les journalistes de la périphérie mondiale devraient renforcer leurs recherches dans les centres de pouvoir mondiaux et y apporter leurs perspectives sur les évolutions et les évènements concernant le marché global de l’information.

5. Les journalistes étrangers ne font pas de propagande et ne s’immiscent pas dans le domaine des relations publiques, ainsi que dans celui des organismes humanitaires. Les reportages étrangers ne doivent pas se désavouer en colportant des informations prétendant exporter à travers le monde des règles démocratiques, des valeurs humanitaires ou des aides permettant de s’auto-assister. La mission du journalisme étranger doit consister à vérifier le contenu factuel de révélations ou affirmations critiques et complexes.

6. Il faut davantage différencier et spécialiser les profils professionnels dans le domaine du journalisme étranger. Ainsi, les correspondants, rédacteurs en chef et reporters étrangers sont surmenés s’ils doivent occuper les fonctions d’un journaliste polyvalent et expérimenté. Et cela, en tant qu’analyste, journaliste spécialisé en économie, dans le domaine du lifestyle et du tabloïd, comme correspondant de crise et de guerre, et ceci bien souvent dans des territoires extrêmement vastes.

7. Les exigences et les choix de formation professionnelle proposés aux correspondants étrangers devraient être définis et professionnalisés. La formation continue en entreprise et externe, en parallèle à une activité professionnelle, ainsi que la qualification des jeunes journalistes, devrait être réexaminée au niveau de leur élaboration et de leur contenu. Une coopération renforcée entre les entreprises de médias et les institutions scientifiques, par exemple dans les domaines de la recherche régionale, politique, médiatique, militaire ou journalistique, serait pertinente.

8. Une gestion éditoriale intelligente devrait exploiter le potentiel des reportages étrangers. Les points à retenir comprennent: a) une sélection plus stricte des correspondants et des rédacteurs selon des critères de compétence clairement définis,

b) un soutien éditorial solide et approfondi aux correspondants et aux rédacteurs c) la coordination des correspondants, des reporters et des rédacteurs au-delà de leurs domaines de compétence, d) une plus grande implication des correspondants et journalistes par leur participation à des projets de recherche et des études de long terme. e) Les zones géographiques de reportage ne doivent pas devenir des

« chasses gardées “ de correspondants particuliers.

9. Les innovations techniques et les nouveaux outils de communication facilitent l’accès à l’information, à la communication et à la mobilité des journalistes. Revers de la médaille: en parallèle, le journalisme bureaucratique virtuel, sur un mode copier-coller, s’installe à côté du journalisme étranger. Les professionnels du métier et les scientifiques sont sollicités pour faire face à un phénomène d’accélération de la production journalistique et à ses répercussions sur le journalisme étranger.

10. Afin de participer activement au débat sur le journalisme étranger et de façon plus affirmée, les journalistes étrangers devraient s’organiser de manière professionnelle – dans leurs zones géographiques respectives et dans leurs pays d’origine.

 

Dr Lutz Mükke, Leipzig, été 2019

* Certaines parties du mémorandum sont extraites du livre « Journalistes des ténèbres » et du dossier du réseau d’études « Que savons-nous encore sur ce qui se passe dans le monde ? Sur la crise du journalisme étranger et la nécessaire différenciation dans le «débat actuel sur la qualité»  » auteur: L. Mükke.